Voyages en montagne et... ailleurs

Ascension du Kilimandjaro en juillet 2010

jeudi 20 janvier 2011

Jeudi

Réveil à 23h, petit déjeuner succinct, on a tous plus ou moins mal à la tête.
0h 07 départ dans la nuit avec une frontale et les 4 guides( il y en a un qui portait le caisson) Le maître mot "polé polé".
Dans le sac à dos , il y a une provision d' eau, de barres de céréales ...On monte assez vite, la pente est très raide au début. On part de 4700 m pour aller à 5895m. On ne voit rien à part  la personne qui est juste devant et on suit ses pas; ça monte vite et très fort dans des éboulis fins; j'ai  un peu de mal à suivre et je m'arrête de temps en temps ; finalement , mon sac à dos sera porté par un accompagnateur. Personne ne parle, on entend juste les bâtons de marche qui claquent sur les cailloux. Je me sens bien seule au milieu de cet univers immense entre le ciel étoilé et le reste de l'environnement qui est très sombre.
Les haltes sont régulières et nombreuses: il faut boire et ...manger.
Notre groupe se scinde en deux; je suis derrière et je trouve l'ascension longue et dure, je souffle beaucoup et j'ai parfois des envies subites d'abandon!!! Avec l'altimètre, on remarque le passage à 4807 m (le Mont Blanc).
Après 5h de marche en pente importante, on arrive sur une espèce  plateau où plusieurs chemins d'accès se rejoignent et maintenant il y a du monde . Quand je lève la tête, j'aperçois comme un serpent de petites lumières qui se déplace lentement et je me dis " C'est pas possible, encore tout ça à monter" et en même , c'est très poignant de voir ces lumières qui représentent des personnes qui peinent pour arriver en haut , qui font tous ces  efforts dans un but de dépassement de soi purement gratuit.
Personne n'a le mal des montagnes; par contre j'ai de plus en plus froid, le souffle très court; je fais de gros efforts pour respirer et soulever mes jambes qui sont plutôt molles.
On attaque la dernière montée raide elle aussi;  c'est beau la nuit , ces lumières qui se promènent; le vent se lève; je ne transpire quasiment pas malgré l'effort et j'ai très froid :pourtant , j'avais  pris des précautions: 2 odlos, 2 polaires, un coupe vent, bonnet , gants de ski, un collant, pantalon de ski, 3 paires de chaussettes; j'ai quand même froid aux pieds et aux mains, je suis gelée.
La montée est longue; nous montons en file indienne sur le chemin en lacets et quand un groupe s'arrête, souvent, alors tout le monde s'arrête.
On est presque au sommet maintenant, le soleil  ou le  jour se lève; c'est très beau ; je suis trop gelée pour sortir l'appareil photo ( qui a voyagé contre moi pour éviter aux batteries et piles de se décharger avec le froid). Quelle vue, le ciel est dégagé , il est bleu d'acier , le soleil nous réchauffe ...un peu. On commence à voir les glaciers; je crois que j'arrive en haut mais non encore un peu de marche, l'approche paraît longue.
Je ne sais pas si quelqu'un a pensé à prendre des photos de lever de soleil mais le froid tétanise .
Le sommet est enfin là, de nombreuses  personnes  veulent  se faire  prendre en photo devant la pancarte ; Je suis arrivée en haut 30 minutes après les autres membres  du groupe, mais je suis contente d'être en haut. Je crois que tout n'a pas été facile pour eux non plus; le froid était terrible et en plus il y avait un  peu de vent.(entre -20 et -25°C); j'ai eu  des engelures sur le visage , les lèvres  toutes gercées . Quelques photos ont été prises en haut , impossible de ne pas ramener des traces de ce passage.
Tout le groupe est arrivé au sommet ... même "la mama"; une grande joie , une grande victoire .
Nous ne sommes pas restés très longtemps là haut, trop rude, trop froid et la descente a commencé sous le soleil au dessus d'une mer de nuages, 3 h de descente par la voie Marangu pour arriver  au refuge Kibo en vue d' une collation ;nous traversons un grand plateau entre le Kili et le Mawenzi et la descente continue dans la pouzzolane, ça glisse et je suis tellement fatiguée que je m'étale souvent et me retrouve sur les fesses ; c'est dire l'état dans lequel je suis arrivée au refuge mais  pas trop envie de manger après un tel effort. Après une heure de repos , départ pour le refuge Horombo;  je rêve de dormir , de m'allonger, de me laver ; mêmes sensations qu'après avoir couru un marathon.
En tout 14 h de marche; que dire d'autres: je suis super , super contente, super , super fatiguée. J'ai eu des doutes très souvent sur mes capacités à réussir mais j'en avais tellement envie alors ...
Pendant le montée, l'esprit a ganbergé , j'ai fait , défait et refait ma vie.
Le Kili est une montagne merveilleuse, majestueuse, avec encore  des glaciers; c'était une belle course très difficile pour moi mais je suis folle de joie d'avoir réussi.
Nous sommes arrivé au camp vers 15h; après une légère toilette, dodo ( les tentes étaient montées ) ; 2 h de sommeil puis réveil pour diner; pas faim; retour dodo vers 19 h. Là , j'ai pris des dispositions pour me réchauffer : dans le sac de couchage avec bonnet , chaussettes, polaires, collant ... et la gourde remplie d'eau bouillante comme bouillotte; 11h de sommeil. Avant de partir dormir, discussion sur les pourboires à donner.

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